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L'homme était d’une pluridimensionnalité exceptionelle que son retour à Allāh (ﷻ) a fini de dévoiler ses milles et une casquettes sauf une: celle du Shaykh! Et Oui Sidy Lamine Niass était bien un « Serigne » dans notre jargon mais pas des moindres, comme dit l'adage : on ne nait pas homme on le devient. Ainsi à force de persévérance, d'études acharnées et surtout de Volonté ferme, il a su être à cheval sur trois civilisations dominantes de l’humanité : celle Africaine car ancrage avant ouverture, la civilisation hellénistique qu'il avait fini de parcourir et la civilisation arabo-musulmane qui définissait son identité. Le choc des civilisations s'est opéré en son sein sans pour autant causer de dégâts car il a su les réconcilier. Ce n'est donc pas la fin de l'histoire à la fin de sa riche vie. Cependant il demeure tout de même un inconnu pour la nation sénégalaise, un étranger parmi les siens…

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À sa naissance, son père le Qutb Mame Khalifa Niass (ra) a affûté sa plume à l'aube du Mardi 15 Août 1950 pour écrire : " J'ai eu un fils avec mon épouse la Sharifa Aminata Haidara al Alawy ce matin, je prie Allah qu'il le protège dans l'apparent et le caché contre tout mal, qu'il fasse de lui un fleuron de l'élite de l'élite parmi les Saints de la Tariqa Tidjani...".
Des mots et prières d'une signalétique mystique avérée et qui auront leur sens par la suite durant toute sa vie, car la prière d'un Pôle (Qutb) ne saurait passer outre l'approbation d'Allāh (ﷻ).

Le jeune Sidy Lamine a très tôt beigné dans une ambiance d'enseignements et d'éducations islamiques à la cour de son père Mame Khalifa Niass. Déjà très jeune avant même de finir à apprendre le Coran, sa mère l'initiait déjà à un recueil de hadiths du Prophète (saws) dénommé Nouroul Absar, puis après sa maitrise du livre saint, Sidy Lamine passera par les dars de Oustaz Wilane à Bongré à la Zawiya de Boubacar Sakho, chez Baye Omar Diop Miskine pour les cours de Linguistique, et ceux de Oustaz Barham Diop qui tenait les dimanches des séances de cours sur le livre Maqamat al Hariri. Sidy Lamine passera à l’école El Hadji Abdoulaye Niass rue Raffanel du même nom que son grand père, puis à l’Ecole Libanaise et enfin à Daaroul Muaalimin où il bouclera ses études primaires.

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Sidi Lamine Niass commence sa carrière professionnelle par l’enseignement. De 1971 à 1975, très jeune, il est enseignant à l'école Gambetta à Dakar et plus tard à Kédougou. Après cette première expérience dans les salles de classe, il part en Égypte, où il étudie le Droit et la Jurisprudence Islamique à l'université Al-Azhar du Caire. « Comme beaucoup de jeunes d’origine maraboutique de sa génération, il a voulu élargir son horizon intellectuel et sa connaissance du monde islamique au sein duquel les débats d’idées tournaient non seulement autour des questions de la foi et du rituel, mais aussi autour des problèmes politiques et sociaux, et de la place de l’Islam dans un monde dominé de plus en plus par un matérialisme souvent destructeur des valeurs spirituelles, sociales et humaines ». Étudiant engagé, il a été le président de l’Association des étudiants sénégalais en Égypte.

Revenu au Sénégal, au début des années 1980, Sidi Lamine Niass est préoccupé par la condition du marabout et de l’arabisant, il ne reste pas pour autant inactif à son retour. Sidi Lamine Niass s’engage pour la réhabilitation de la langue arabe dans son pays où le français règne sans partage au sein de l’administration.

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C’est cet engagement qui amène Sidy Lamine Niass à se lancer dans la presse. En janvier 1984, il crée le bimensuel Wal Fadjri (mots arabes signifiant l’Aurore) qui devient hebdomadaire en novembre 1987. Au mois mai 1991, le journal devient semi-quotidien paraissant trois fois par semaine. À partir de février 1993, il parait quotidiennement. Sidi Lamine Niass ne voulut pas s’arrêter en si bon chemin. En novembre 1997, il obtient une bande FM (Walf Fm). Et progressivement, il mit en place le premier groupe de presse de l’Afrique de l’Ouest composé d’un quotidien (Walf Quotidien), d’une radio (Walf Fm), d’une télévision (Walf Tv) et d’un site internet. Un groupe de presse qui fait de Sidi Lamine Niass l’un des hommes les plus influents du Sénégal.

Pourtant profondément engagé dans le chemin des mystiques caractérisé par le dénuement de toutes velléités terrestres : l'ascèse tel définit par Cheikh Omar al Foutiyou Tall dans le Rimah ne signifie pas enlever ses mains du monde mais d'en extirper son cœur. Tel est le chemin qu'empruntera Sidy Lamine Niass à l'image de cet illustre aïeul par ailleurs parent biologique. Il s'armera d'un Courage à toutes épreuves dans le Chemin du plus Grand Jihad qu'il aura mené toute sa vie. Ainsi avec lui le rôle du Serigne connaît un tout autre tournant puisque qu'il n'est pas d'usage que les "Domou Sokhna" contemporain acceptent de mettre la main dans la mélasse au risque de se faire conspuer et rabâcher avec des clichés tels : un Serigne ne doit avoir cure de la politique et des affaires de la cité. Sacrilège, Affabulation et Fausse vérité, que faire alors de son aïeul l’Imam Hussein ibn Ali, Mouhamad al Kabir Tidjani, Thierno Souleyman Baal, de Cheikhou Omar tantôt cité, d'El Hadji Abdoulaye Niass preux chevalier de la foi ou même de Serigne Touba héros de la résistance à l'assimilation occidentale. Sidy Lamine Niass fut un condensé de toutes leurs personnalités ainsi que la continuité de leur mission, qu'il se sera évertué de perpétuer sans pour autant demander le moindre salaire si ce n'est sa prière sans cesse renouvelé à Allah : la droiture parfaite.

Conseiller du président Abdou Diouf, Sidy Lamine Niass a beaucoup participé à raffermir les relations entre le Sénégal et les pays arabes, notamment du Golfe. Le premier sommet de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), accueilli par le Sénégal, en 1991, fait partie d’une de ses plus concluantes missions dans cette partie du monde. En juin 1995, il est fait Chevalier de l’ordre du Mérite sénégalais.

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En 1996, il publie : « baht an’ hayat al khalifa al hajj Muhammad Niass wa mu’alla fatihi » : « Etude sur la vie et l’œuvre de al hajj Muhammad Niass », des series d’études dédié à son Illustre Père (ra) qu’il aime profondément et connait parfaitement, de par sa pensée.

Pour contribuer à faire connaitre les œuvres de Mame Khalifa Niass, il a édité beaucoup de ses livres dont :

  Khatimat al-durar ‘ala uqud al-jawhar fi madh seydil bashar : 
« La dernière perle du collier précieux en éloge au maitre des humains »
  Al kibritil al-akhmar fi madh al qutb al akbar : 
« Le souffre rouge dans les louanges du plus grand pôle »
  Al-juyush at tulla’ bi murfahat al-qutta ila Ibn Mayaba akhi al-tanattu : 
« Les armées d’avant-garde aux sabres tranchants à l’assaut de Ibn Mayaba l’arrogant »

Un exploit répété à la mosquée Massalikoul Djinane, le 14 Juin 2014 ces mêmes œuvres reedités avec deux nouveaux autres ouvrages que sont : «al-Adilla al- Muqni‘a ilâ ṭurq al-Manfa‘a » : « Indicateurs probants sur le chemin du bienfait » Et Zahiratul Hataya fil Wufudi wa Saraya un ouvrage de Mame Khalifa Niass que tous croyaient perdu.

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3 années plus tard après un intense travail de relecture et de recherches, Shaykh Sidy Lamine réalise son ultime exploit le jeudi 18 Mai 2017 à l’hôtel King Fadh Palace qui a refusé du monde pour la publication de l’ensemble des ouvrages de Mame Khalifa Niass, d’une édition exceptionnelle, une compilation des Diwaan, rajouté avec des parties rares et des gloses intertextuelles qu’il a lui-même écrit. En plus de deux traductions en français des livres du maitre « Réplique » et « Délivrance ».

Il s’impose ainsi comme étant le rénovateur du legs le plus important de Mame Khalifa Niass à savoir ses écrits, la recommandation la plus importante du testament du maitre.

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Ecrivain lui-même, sa bibliographie est composée de plusieurs ouvrages de réflexions sur la société et sur ses rapports avec l’Islam.

Ses publications sont :

  • Le système islamique : dimensions et perspectives.
  • Sharifou ou la fin de l’obscurantisme, 1999
  • Un arabisant entre presse et pouvoir.
  • Arguments pertinents en réponse à ceux qui interdisent aux hommes de saluer les femmes de la main.
  • Abdoulaye Wade, un président par défaut
  • L'étranger parmi les siens, 2016

Ses prises de positions contre le triumvirat de la subversion : tuer Dieu, la Religion et l'âme, sombres desseins de lobbies et de sectes tous azimuts ; ont montré un Homme (Rijāl) fils de son siècle et qui en compris les enjeux. C'est ainsi qu'il a servi des réponses à Hegel et ses lugubres théories, démontré à Nietzsche que Dieu est bel et bien vivant, Rassurer Huttington sur ses craintes sur la civilisations de l'Islam, apprendre à Fukuyama que le modèle de la démocratie occidentale est loin d'avoir triomphé et que l'histoire n'est pas terminé ; nous réapprendre le doute méthodique non à la Descartes mais en servant de l'exemple de l'affaire Sharifu, Corriger les manipulations linguistiques selon lesquels Jihad signifie plus Effort que combat à mort et que ne nous serons jamais Charlie; Sans cesse à l'écoute de la Palestine des opprimés alors Que le Dajjāl loin d'être une bête est en fait un système que l'œil borgne est la technologie en miniature que nous tenons tous en mains... nous apprendre que notre dignité n'est pas la mode du Partage de Gâteau et mais dans l'effort constructif et patriotique pour la nation. La liste n'est pas exhaustive.

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Le Shaykh al Kamil le Charif Biologique et Spirituel Sidy Lamine Niass al Alawi at Tidjani est tombé les armes à la main après avoir mené tant de batailles sur tant de front n'espèrant que la face d'Allah. Venu au monde un Mardi à L'Aurore, il est reparti un même Mardi 4 Décembre 2018 à l'aube non pas sans y avoir fait allusion dans ses maints discours où l'élite et le commun ont longtemps tiré profit. L'on ne saurait mentionner les riches pans de sa vie sans pour autant en omettre des parties. Pluralités dont il a usé pour se draper du manteau de l'inconnu pour échapper à la vigilance des plus vigilants. Qu'Allah (ﷻ) l'accueil dans sa Miséricorde.

Al Faqir Filah, Khadimu Khalifa

El Hadji Idrissa Dioum